Fondation Damien - Damien biographie - Son histoire
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1. L'enfance du Père Damien
2. Les années d’internat
3. Chez les Picpussiens
4. Damien le missionnaire
5. Arrivée à Molokaï
6. Travailler pour les lépreux
7. Lépreux parmi les lépreux
8. La mort de Damien

1. L'enfance du Père Damien

Sa naissance

Damien naît le 3 janvier 1840, à Tremelo, sous le nom de Jozef De Veuster. Son père, Frans De Veuster, et sa mère, Anna-Katrien (communément appelée Cato) Wouters, surnommeront très vite leur plus jeune fils " Jef ". La famille De Veuster compte huit enfants, quatre fils et quatre filles. Jef en est l'avant-dernier.

Une participation précoce aux tâches de la famille

Jef grandit dans l'exploitation agricole de son père. La famille De Veuster est la première de la région à posséder une maison en pierres, laquelle a été bâtie sur le sol fertile qui longe la Dyle. La famille y emménage peu de temps après l'annonce d'un heureux événement : Cato est enceinte de Jef. C'est ainsi que Jef aidera ses parents dès son plus jeune âge en participant aux travaux de la ferme et au commerce de grains.

La chasse aux sangsues

Lorsque la ferme et le commerce de grains rapportent moins, le père, Frans, gagne l'Autriche avec un des frères aînés de Jef. Ils y récoltent des sangsues qu'ils vendent ensuite en Belgique. À cette époque, les sangsues étaient encore couramment utilisées dans les hôpitaux pour effectuer les saignées.

Une famille religieuse

Deux des soeurs de Jef entrent au couvent. Son frère Auguste se destine également à une vie dans les ordres religieux. Il n'est dès lors pas étonnant que Frans, le père, place tous ses espoirs en Jef pour qu'il reprenne un jour l'affaire familiale. Il ne se doute pas encore que son fils entrera dans l'histoire pour de tout autres raisons.

La vie à la campagne

Jef a la chance de passer son enfance à la campagne. Son grand-père Hendrik lui apprend, ainsi qu'à ses frères et sœurs, à reconnaître les plantes des environs et à attraper des anguilles. Les bergers lui racontent des centaines d'histoires sur les animaux. Le jeune De Veuster rend même régulièrement visite aux charpentiers de la région. L'heure du dîner a sonné ? La mère Cato souffle dans une corne de vache et Jef accourt manger sa purée de légumes.

Jef l'intrépide

Jef se révèle un garçon plein de santé. Il n'a pas peur de mettre la main à la pâte. Il est courageux. Un jour, il sauve de l'étang un ami qui était tombé à travers la glace alors qu'ils patinaient ensemble. Son intrépidité risque aussi de lui jouer de mauvais tours. L'un de ses jeux favoris consiste en effet à sauter du haut d'un talus dans la benne d'une charrette qui passe à toute allure; un jour, Jef saute trop tôt et se retrouve sous les roues du véhicule. Il en gardera des douleurs au dos et une blessure à l'œil.

Maître Bols

Jef commence l'école à l'âge de six ans dans la ville de Werchter, et non à Tremelo. Maître Bols est un instituteur remarquable et exigeant. Le niveau en classe est très élevé et Maître Bols est sévère. Il ordonnera plus d'une fois à Jozef de porter le bonnet d'âne. Il arrive également assez souvent que Jef soit en retard à l'école à cause de ses jeux interminables sur le chemin de halage le long de la Dyle. Il lui est même parfois impossible de se rendre à l'école parce que la route est inondée.

Histoires saintes

Le soir, Jef écoute avec fascination les histoires que sa mère lui conte. Cato lui fait souvent la lecture d'un livre sur les légendes de saints. L'histoire de Saint Côme et Saint Damien passionne tout particulièrement Jef. Ces jumeaux médecins se font persécuter, torturer et finalement décapiter en l'an 304.

2. Les années d’internat

Drames familiaux

En 1847, Mélanie, la plus jeune soeur de Jef, meurt du choléra. C’est ensuite Eugénie, devenue entre-temps Soeur Alexis, qui décède en 1854. Pauline, la soeur de Jef, décide alors de prendre la place d’Eugénie au couvent. Son frère Auguste se découvre également une vocation religieuse.Il entrera au monastère pour rejoindre la Société des Sacrés Cœurs, aussi appelée « Congrégation de Picpus ». Auguste est, en fait, le frère que Jef admire depuis qu’il est tout petit.

Le petit Jef et le français

Les « pères Picpus » (ou « Picpussiens ») utilisent le français comme langue véhiculaire. Auguste s’exprime très bien en français. Pas Jef. C’est logique... Son père l’a fait rester à la maison à la fin de ses primaires. Une paire de bras supplémentaires était la bienvenue pour aider à la ferme. Cependant, comme son père rêve que Jef reprenne l’affaire familiale, il souhaite que son fils apprenne le français. Après mûre réflexion, il décide d’envoyer Jef à Braine-le-Comte, dans le Hainaut, dans un pensionnat coûteux.

Pas le grand bonheur

Jef, alors âgé de 18 ans, emménage dans l’internat hennuyer mais ne s’y sent pas très heureux. La discipline ne lui convient pas et il a trop peu de vêtements propres. De plus, il ne se sent pas accepté par les autres étudiants wallons qui ne le prennent pas au sérieux à cause de sa faible connaissance du français.

Le soutien d’Auguste

Pendant tout son séjour à l’internat, Jef garde le contact avec son frère Auguste – devenu Père Pamphile entre-temps – et lui envoie de nombreuses lettres. Jef fait également preuve d’une très grande persévérance pour atteindre son but. Cependant, ses études ne se déroulent pas exactement comme il faudrait et il écrit à son frère qu’il craint d’oublier tout ce qu’il a appris. C’est pour cette raison que Pamphile l’invite à lui rendre visite au monastère des pères Picpus, à Louvain.

Frère Jef ?

Jef ne se sent pas non plus à sa place chez les Picpussiens. En 1858, il retourne dans le Hainaut pour commencer sa deuxième année. Mais il ne sait plus comment s’en sortir. Dans une lettre, il supplie son frère de parler au Père supérieur des Picpussiens. Au fond, il est conscient de ne pas avoir assez étudié pour devenir père. Mais il écrit qu’il serait déjà très heureux d’entrer au monastère pour devenir frère.

Des parents inquiets

Frans et Cato se font du souci pour leur fils Jef. Ils ont déjà sacrifié trois enfants aux ordres religieux. Un quatrième serait vraiment trop. Une entrée dans les ordres est également très coûteuse financièrement. Néanmoins, Jef leur apprend dans sa lettre annuelle de nouvel an, le jour de Noël 1858, que sa décision est prise : il entrera chez les Picpussiens.

3. Chez les Picpussiens

Son noviciat

Le 4 janvier 1859, soit le jour de son anniversaire, Jef prend le train pour Louvain, accompagné de son père Frans. Il commencera son noviciat, la période de préparation à une vie de monastère, un mois plus tard. Ses supérieurs feront très vite comprendre à Jef qu’il n’a rien d’une « graine de prêtre ». Il n’a pas assez étudié pour le devenir. Il entrerait tout au plus en considération pour une fonction de frère convers.

Jef devient Damien

Le rêve suprême de Jef est de pouvoir accompagner son frère lors de ses missions. Tout comme les frères Côme et Damien dont sa mère lui lisait sans cesse l’histoire. Eux aussi avaient toujours oeuvré ensemble pour leur idéal. Dès lors, le nom que choisira Jef dans les ordres religieux est tout trouvé : il s’appellera Damien.

Il rattrape son retard

Jef mise le tout pour le tout pour réaliser son rêve. Il travaille comme un damné aux tâches du monastère et dans ses études. Il impressionne ses supérieurs par son assiduité. Il étudie le latin et le français. Afin de récupérer son retard, il se lève tous les jours à 3 heures du matin et ne va se coucher que très tard le soir, accablé de fatigue. Il consacre chacun de ses temps libres à la prière.

Sa première récompense

En juin 1859, ses supérieurs l’envoient à Paris perfectionner ses connaissances du français, du grec et du latin. Pour un simple garçon de la campagne flamande, il s’agit d’une entreprise formidable et d’une petite récompense pour les efforts qu’il a fournis.

Damien prononce ses voeux

Tout comme dans le Hainaut, Damien, venant d’une famille modeste, subit les railleries de ses condisciples parisiens et n’est pas pris au sérieux. Il fait la sourde oreille et redouble d’efforts dans le travail. Un an et demi plus tard, il prononce ses vœux et jure éternelle fidélité au service de Dieu.

Les histoires de missions

A Paris, Damien fait également la rencontre de missionnaires et d’un évêque venant des îles de l’océan Pacifique. Leurs histoires le font rêver : il aimerait devenir missionnaire. À la fin de l’été, il retourne à Louvain et participe à la fête organisée pour l’ordination de son frère. Un peu plus tard, celui-ci lui annonce qu’il part pour les Îles Sandwich, l’actuelle Hawaï.

Chagrin et joie

La nouvelle fait rêver Damien à son propre avenir : il veut devenir prêtre et partir également pour Hawaï. Au cours des préparatifs pour le voyage, Auguste tombe malade. Il a contracté le typhus, une maladie extrêmement contagieuse dont beaucoup de personnes mouraient à l’époque. Damien saisit sa chance. Il peut désormais prendre la place de son frère.

Damien fait ses adieux

Jef parvient à convaincre ses supérieurs de le laisser partir. Il pourra être ordonné prêtre une fois qu’il sera à Hawaï... C’est un choc terrible pour ses parents. Ils se rendent compte qu’ils ne reverront plus jamais leur plus jeune fils. Après une dernière visite à ses parents et à son frère, Damien gagne Paris. C’est là qu’il embarque le 29 octobre 1863 sur le trois-mâts R.W. Wood avec 5 confrères et 10 sœurs. Sa destination : Hawaï.

4. Damien le missionnaire

Mal de mer

La plupart des voyageurs souffrent du mal de mer pendant la traversée. Et Damien n’est pas épargné. Le bateau doit braver de violentes tempêtes. Les eaux sont parfois violentes... et l’équipage n’est absolument pas croyant. Damien et ses confrères aimeraient le convertir. C’est compter sans le capitaine, qui le leur interdit.

Arrivée à Honolulu

Au terme d’un pénible voyage de 5 mois, le voilier aborde enfin l’île la plus méridionale de l’archipel d’Hawaï. Le bateau entre dans le port d’Honolulu le 19 mars. Damien est accueilli sur le quai par le Père Modeste Favens, le supérieur picpussien. Les premières impressions de Damien lui coupent le souffle : des maisons charmantes, une nature luxuriante et, surtout, les Canaques qui constituent la population locale. Tout le monde se promène pieds nus, les hommes sont torses nus et les femmes, habillées très légèrement, laissent pendre leurs cheveux noirs au vent.

Damien est ordonné prêtre

Damien fait très vite la connaissance de l’évêque français Louis Maigret. Il commence à étudier la langue locale. Maigret trouve incroyable que Damien n’ait pas encore été ordonné prêtre en Belgique. Il a besoin de prêtres et croit en Damien. C’est donc tout naturellement que Maigret ordonne Damien prêtre en 1864. Il peut enfin réaliser son rêve et partir en mission à Hawaï.

En mission à Puna

Damien arrive à Hawaï, la « Grande Île », le 15 juillet 1864. C’est à cheval qu’il part en mission à Puna 14 jours plus tard. Là-bas, Damien apprend à vivre comme les Hawaïens. Il parle leur langue et mange avec eux le poï, un plat à base de farine bouillie et de viande. Il mange ce plat à la manière locale... avec les doigts.

Conversion difficile

Damien rencontre de nombreuses difficultés avec la population locale. Les Hawaïens accordent plus d’importance à la déesse Pélé (la déesse du volcan) qu’à la foi chrétienne. Leur conversion au christianisme s’avère donc difficile. Il a désormais l’impression qu’il ne pourra réaliser que très peu de choses. C’est alors qu’une autre mission se libère sur la Grande Île, plus précisément à Kahola. Damien y est muté.

Prêtre-menuisier

Damien restera 9 ans sur la Grande Île d’Hawaï. Il y construira 8 églises. De là lui vient le surnom de « prêtre-menuisier ». Plus important encore : il apprend à aimer le pays et sa population. Il est aussi confronté à la lèpre et à ses effets désastreux.

En colère contre l’exclusion

Que les lépreux, en plus d’être malades, soient également exclus attise la colère de Damien. Ces personnes se font chasser et bannir pour finir exilées sur une île où elles sont condamnées à vivre dans des conditions épouvantables. Damien a le sentiment de devoir s’investir dans cette mission. Ce sentiment déterminera désormais le cours de sa vie.

5. Arrivée à Molokaï

Tout commence quand...

Le 1er mai 1873, Damien se retrouve sur l’île de Maui avec l’évêque Maigret et bon nombre de confrères pour la consécration d’une nouvelle église. Une fois la consécration terminée, la discussion va bon train sur un article publié dans le journal local et consacré à la léproserie de l’île de Molokaï.

Un endroit effroyable

Le journaliste parle d’un endroit effroyable où les gens pourrissent sur place. Un lieu où meurtres et assassinats sont monnaie courante et où règnent saoulerie, prostitution et viols. Molokaï y est décrite comme un endroit qui n’a ni dieu ni ordre religieux et où les lépreux attendent la mort dans des conditions avilissantes. Le journaliste suggère qu’une tâche énorme y attend peut-être un missionnaire.

Damien se porte volontaire

En fait, Maigret a déjà pris une décision. Il veut envoyer un missionnaire tous les trois mois dans la léproserie pour y rétablir l’ordre. En effet, cet endroit est bien trop effroyable et dangereux pour y établir quelqu’un à demeure. L’évêque recherche un volontaire qui s’y rendrait le premier. Mais il a déjà une idée de la personne qu’il veut envoyer : « parce que Damien est jeune, fort et en bonne santé ».

Cap sur Molokaï

Damien prend le bateau pour Molokaï le vendredi 9 mai 1873. Il entrevoit le lendemain pour la première fois la presqu’île de Kalaupapa... un petit bout de l’île d’où personne ne peut fuir. Avant de monter sur le canot qui l’emmènera sur l’île, il reçoit un conseil : « Ne mange pas avec les lépreux, ne les touche pas et ne monte jamais sur leur selle ». Damien acquiesce sans vraiment savoir ce qu’il doit en penser.

Un accueil macabre

Damien et un autre prêtre parviennent à rejoindre la terre ferme sans se mouiller. Ils sont attendus par un grand groupe de lépreux dirigés par leur chef. Il est accueilli, comme il l’a été 9 ans plus tôt. Mais cette fois, ce sont des mains puantes, sales, déformées et purulentes qui le serrent. Il ne s’habituera jamais à cette odeur de chair putréfiée et de blessures purulentes. Une odeur qu’il pourra seulement masquer en fumant la pipe.

Sa tâche est ici

Damien passe sa première nuit à l’abri d’un vieux pandanus, un palmier aux racines en forme d’étoile. Après seulement quelques jours, il est déjà sûr d’une chose : sa tâche est ici et il compte bien rester. Plus de 800 personnes très gravement malades vivent dans des conditions plus qu’épouvantables. Et ils ont bien besoin de son aide.

6. Travailler pour les lépreux

Course d’obstacles

Dès le début, Damien a maille à partir avec toutes sortes de gens, d’institutions et de supérieurs. Le Conseil de Santé Publique d’Honolulu lui interdit de quitter l’île, comme aux lépreux. Damien n’en a cure. Rien ne l’arrête chaque fois que l’essentiel pour sa mission lui est refusé.

Homme à tout faire

Damien découvre toute l’humanité qui se cache derrière les lépreux. Il vit avec eux, mange avec eux, partage leur chagrin. Comme il n’y a pas de médecin sur l’île, c’est lui qui effectue les amputations et soigne les blessures purulentes. Et, puisque l’évêque n’est pas autorisé à venir en personne sur l’île, Damien consacrera lui-même l’église qu’il a bâtie de ses mains.

Un enquiquineur entêté ?

Damien doit faire face à la désapprobation de son confrère néerlandais qui réfute ses méthodes. Il ne cesse de harceler ses supérieurs : il leur demande des vêtements, des matériaux de construction, une aide humanitaire... Il réclame une aide concrète. Il ne faudra pas longtemps avant que Damien se fasse une réputation d’enquiquineur têtu et désobéissant.

Un véritable ami !

Enquiquineur ? Ce n’est sûrement pas ce que pensent les lépreux. Damien est leur ami, Kamiano. Quelqu’un les aide enfin, sans se soucier de savoir s’ils sont catholiques. Quelqu’un s’arrange enfin pour leur procurer au moins une couverture. Une couverture dans laquelle ils pourront bientôt être enterrés. Parce que la chose la plus déshonorante qui soit est certainement d’être enterré complètement nu.

Une meilleure infrastructure

Damien construit des maisonnettes en bois pour remplacer les paillotes humides de ses compagnons. Il clôture le cimetière pour empêcher les cochons d’y fouiller le sol. Il creuse des trous dans son église pour permettre aux lépreux d’y cracher. Et le village sera même pourvu d’une canalisation d’eau.

Une île un peu plus vivable

Damien s’arrange également pour donner une occupation aux gens. Il met sur pied une fanfare avec des instruments de bric et de broc. Les lépreux entretiennent désormais eux-mêmes les tombes. Damien leur montre aussi comment administrer des soins aux malades et aux orphelins. Il construira même un orphelinat. Il considère ces enfants livrés à eux-mêmes comme ses propres enfants. Il organise des courses de chevaux, laisse les enfants fumer sa pipe et partage la même assiette qu’eux aux repas.

Jalousie

Il continue, entre-temps, à mener bataille contre ses supérieurs, le Conseil de Santé Publique, ses confrères, les protestants... Tous doivent céder devant ses lépreux ; c’est sa raison de vivre. Il se fera vite remarquer. Le roi d’Hawaï l’invite et il reçoit la princesse sur l’île. Il est même fait chevalier alors que l’évêque n’est que grand officier. De quoi susciter pas mal de jalousie...

7. Lépreux parmi les lépreux

Nous autres, lépreux...

Durant l’été 1878, Damien découvre quelques taches sèches sur sa peau. Il se brûle également les pieds sans s’en rendre compte, ni rien sentir. Il a la lèpre. N’avait-il pas, plus tôt, entamé son office par ces mots : « Nous autres, lépreux... » ? Il voulait ainsi dire qu’il avait décidé de rester sur l’île. Un adieu définitif à sa famille, à ses amis et au monde extérieur à Molokaï.

Pas de place pour les soucis

Il n’a pas le temps de se soucier de son sort. Il doit continuer à se battre pour ses lépreux, pour ses frères. Il est furieux le jour où il aperçoit un bateau jeter à la mer un nouvel arrivage de lépreux. Tout simplement parce que l’équipage estimait que les courants étaient trop dangereux pour atteindre l’île.

De plus en plus malade

JLes années passent et Damien va de plus en plus mal. Il souffre de névralgies et de nodules. Ses pieds deviennent insensibles. Il perd ses sourcils et son état ne cesse de s’aggraver. À cette époque, beaucoup de gens pensent que la lèpre est le dernier stade de la syphilis... une maladie qui ne se transmet que par contact sexuel. Son confrère Albert Montiton répand ainsi la rumeur que Damien a une liaison avec une femme. Damien sera régulièrement soumis à des examens humiliants pour cette raison. Mais il ne dépose pas les armes pour autant.

L’humiliation suprême

L’humiliation suprême est pourtant encore à venir. Damien en fera l’expérience le jour où il demandera à se confesser, une obligation pour tout prêtre. Damien veut se réconcilier avec lui-même et avec Dieu. Vu l’absence de prêtres à Molokaï et la peur des autres prêtres de se rendre sur l’île, la confession se déroule finalement à bord d’une barque, ancrée non loin du grand navire venu pour l’occasion. Chaque personne à bord entend la confession. Damien et ses proches vivront cette épreuve comme l’humiliation suprême.

La légende se répand

Heureusement, la légende de Damien commence peu à peu à se répandre. L’écrivain Charles Warren se décide à rendre visite à Damien sur l’île de Molokaï. Il est tellement impressionné par l’histoire et l’œuvre de Damien qu’il lui consacre ses écrits. Le monde entier découvre l’existence de Damien le lépreux et de Molokaï. Au grand dam de « l’entourage » de Damien qui le jalousera davantage encore.

Des demandes d’assistance célèbres

Conscient de son nouveau statut, Damien envoie ses lettres de demande d’assistance dans le monde entier. Une de ses lettres arrive au journal anglais « The Times », qui la publie. L’émotion que suscite l’histoire de Damien est considérable. Des dons affluent des quatre coins du monde sur un compte auquel seul Damien a accès.

Utilisation optimale de l’argent

Une nouvelle campagne de diffamation à l’encontre de Damien éclate. Nombreux sont ceux qui s’interrogent sur ce qu’il fait de cet argent. La réponse se trouve sur Molokaï même : cet argent sert à construire des maisons, à acheter des médicaments et à installer des bains de désinfection pour les malades. Entre-temps, il recevra l’aide d’un autre prêtre. Une délégation de sœurs débarque également sur l’île. Les sœurs qui avaient quitté Paris pour rejoindre Hawaï avec lui, des années auparavant, le seconderont dans l’œuvre qui fut toute sa vie.

8. La mort de Damien

La mort de Damien

En septembre 1888, Damien est tellement affaibli qu’il doit arrêter de célébrer la messe. Il se confesse pour la dernière fois le 30 mars 1889 et se fait administrer l’extrême-onction le lendemain. Il décède le 15 avril à l’aube. Il a alors à peine 49 ans. Un lépreux meurt parmi les lépreux ; Damien meurt entouré de ses amis.

Enterré à l’ombre du pandanus

Depuis son arrivée, Damien avait fabriqué un cercueil pour chaque lépreux qui décédait. Il en aura fait 3.700 au total. Ce sont eux, maintenant, qui lui préparent son cercueil. Il sera porté par 6 lépreux lors des funérailles. Et c’est la fanfare que Damien avait lui-même mise sur pied qui fermera le cortège. Il sera enterré à l’ombre du pandanus sous lequel il avait passé sa première nuit, 17 ans plus tôt.

Aller-retour en Belgique

Damien est exhumé en 1936 et son corps est envoyé en Belgique. Il sera béatifié par le Pape Jean-Paul II le 4 juin 1995. Une délégation de Molokaï se rendra en Belgique la même année pour reprendre les mains de Damien... ces mains qui ont accompli tant de travail sur Molokaï sont à nouveau enterrées sur l’île. Chez elles.


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