
« Le début de ma conscience sociale »
Laurette Onkelinx est une figure importante du PS actuel. Elle voue une grande admiration au Père Damien, comme elle nous l'a confié en 2006, après les référendums des Plus grands Belges. À une époque où Action Damien s'appelait encore Fondation Damien.
Conscience sociale
Je peux dire que le Père Damien et la Fondation, c’est un peu le début de ma conscience sociale. Je devais avoir 4 ans. J’ai vu des images d’un enfant atteint de la lèpre et ça m’a terriblement marquée. J’étais tout à fait impressionnée. Et je parle du début de ma conscience sociale, parce que c’est là qu’on se rend compte des problèmes des autres, pas seulement des siens. Et de la nécessité de la solidarité pour y porter remède.
Un personnage hors du commun
Je trouve que le Père Damien lui-même est un personnage hors du commun, un révolutionnaire en quelque sorte. Ce n’est pas simplement un homme d’Eglise, un homme qui a su s’investir pour les autres. C’est aussi un homme qui a cassé avec des pratiques, qui a osé la rébellion contre des autorités, qu’elles soient politiques ou religieuses. Un homme qui a eu un vrai courage.
Jusqu’au bout
Il a démontré toute sa vie que ce courage le menait jusqu’au bout, jusqu’à sa mort. Il a démontré que cet engagement-là pouvait véritablement bousculer toutes les conventions, toutes les pratiques, et finalement sa propre vie, sa propre mort. Je trouve que c’est un personnage tout à fait passionnant. C’est rare, malheureusement, des personnages comme celui-là.
Solidarité
Et puis, ce que je trouve intéressant, c’est que toute cette solidarité qu’il a organisée s’est poursuivie. C’est pour ça que la Fondation Damien est une fondation que je trouve intéressante, puisqu’elle poursuit l’œuvre, et principalement avec les populations locales. Organiser, comme ça, une aide qui n’est pas de charité mais une aide durable – c’est vraiment la conception du développement durable sur le plan médical – me semble être une politique de bons sens, qui est peut-être trop rare.
Un être entier
Je considère Damien comme un être entier et entièrement tourné vers les autres. Un homme qui a pu s’oublier lui-même pour les autres, mais qui a construit ça de manière intelligente. On le voit sur les photos, c’était un homme qui avait une véritable empathie pour les populations qu’il a marquées de sa solidarité.
Un être têtu et efficace
Il était têtu, évidemment. Mais quand on veut être vraiment efficace, il faut être têtu. Il faut oser affronter toutes les conventions, tous les pouvoirs. Il n’a pas hésité à mettre en cause tous les pouvoirs. C’est en ça qu’il est révolutionnaire. Il ne s’est pas coulé dans un pouvoir en changeant un petit peu, il a attaqué de front. Il a servi d’exemple, il a ouvert les yeux.
Un être rare
Il s’est mis au service de la santé et des populations les plus oubliées, les plus défavorisées, à qui on refusait presque le qualificatif d’humain, puisqu’on ne leur reconnaissait pas la dignité d’être humain.
Dans le monde, il y a aussi des révolutionnaires. Il en existe dans toutes les disciplines, mais c’est assez rare comme aille comme lui jusqu’au bout, puisqu’il est mort de cela au milieu des êtres qu’il a aimés, qu’il a aidés. Je cherche toujours ce mot qui le résumerait... On pourrait parler d’amour.
Guidée par Damien
Chaque être humain est en fonction de beaucoup de paramètres : notre culture, notre histoire, notre hérédité... On est façonné par des tas de déterminants. Ce que je peux dire, c’est que j’ai été notamment façonnée à travers cette conscience que j’ai prise de lui.
On a toujours plein de qualités et de défauts. En général, comme qualités, on me reconnaît la conviction et la passion; très certainement, je peux dire que je les tiens de beaucoup d’éléments, mais notamment de lui.
L’héritage de Damien
Je pense que la Fondation Damien est l’héritage direct de Damien. Je pense que vous continuez à travailler toujours avec les populations locales en les formant, en les impliquant. C’est quand même cette idée du développement durable qui me semble vraiment intéressante.
Je dis toujours que, après la politique, je voudrais bien m’investir dans des ONG. Et c’est vraiment l’exemple type d’organisation non gouvernementale dans laquelle j’aurais envie de m’exprimer.
Source : propos recueillis par Stéphane Steyt
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